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De mots et de maux
June 18, 2014
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Cultiver les mots c’est un peu comme cultiver des légumes. On sème, on bichonne, on éclaircit et on espère que le terreau soit suffisamment fertile et les conditions propices à ce que la mayonnaise prenne.

Si l’écriture traditionnelle qui se transmet assez simplement par le papier depuis des siècles est régie par des règles centenaires, l’écriture numérique et interactive diffusée par le Web, en est, elle, à ses balbutiements. Elle obéit à des règles qui sont encore largement en voie de définition. Il faut dire qu’elle est encore toute jeune, une vingtaine d’années tout au plus. Nous étions d’ailleurs plus d’une centaine de professionnels du marketing et de la communication réunis en début de semaine dans le cadre d’un atelier organisé par l’association de blogueurs Yulbiz, venus écouter avec grand intérêt les propos d’une spécialiste européenne en la matière.

Muriel Vandermeulen avait soigneusement choisi ses mots pour inciter son auditoire à mettre les téléphones de côté et à l’écouter parler d’écriture Web. Pour le profane, disons qu’il s’agit en gros d’un mode d’écriture qui se soumet à une logique algorithmique de robots informatiques qui l’analysent, l’interprètent, la diffusent et la retransmettent selon des règles qui leur sont propres. Un univers où règne largement la mécanisation informatisée et dans lequel les scripteurs doivent aussi se faire un peu techniciens.

Parler aux robots

Écrire pour les Internautes ce n’est pas simplement communiquer des connaissances, des faits ou encore ses états d’âme en alignant lettres, mots, phrases, ponctuation et paragraphes comme on nous l’a enseigné à la petite école. L’écriture Web c’est d’abord et avant tout la capacité d’adapter sa plume aux caprices d’une machine complexe pour laquelle le changement est la norme. On y arrive par le truchement d’une kyrielle de techniques qui visent à assurer que les robots du Web retransmettent sa communication à l’auditoire auquel elle est destiné, au moment le plus opportun et surtout qu’elle suscite la réaction anticipée en fonction d’objectifs bien précis.

Merci à notre spécialiste de nous rappeler avec panache, que rien de tout cela n’est en réalité bien sorcier. Suffit de respecter quelques règles de base : intention claire, nombre maximal de mots, utilisation de mots-clés (des mots qui servent à indexer les contenus), ergonomie, choix de couleur, typographie, images, etc. Bref, il faut savoir porter à la fois un chapeau d’auteur, un chapeau d’éditeur, assurer la mise en page et posséder quelques notions de base en informatique. On peut considérer l’exercice comme du multitâches ou encore comme un manque de maturité du Web à qui on doit tout expliquer. C’est selon.

Bien entendu ça se complexifie un peu lorsque l’on se met à écrire spécifiquement pour un des nombreux canaux qui s’offrent au scribe numérique. Réseaux sociaux, blogue, infolettre, forum, ou encore, en fonction d’objectif précis : notoriété, visibilité, acquisition de clients, rétention, etc. Bref on peut pousser les possibilités à l’infini sans risque de s’ennuyer.

Capter l’attention

Cette forme d’écriture offre notamment un avantage de taille, l’immense privilège pour un auteur de connaître son lectorat de manière beaucoup plus intime et de pouvoir s’adapter à ses attentes. À condition d’utiliser les outils appropriés, on peut ainsi connaître la durée de lecture, le moment de la journée et l’endroit et le contexte dans lequel il prend connaissance de ce qu’on a à lui dire. Nous lit-il devant un écran fixe à l’heure du petit dej, sur son mobile le midi au resto ou encore sur sa tablette juste avant d’arriver chez des amis en soirée? Ces informations facilitent bien entendu la communication puisqu’elles permettent d’adapter rapidement les messages en fonction des habitudes du lecteur et de ce qu’on attend de lui. Veut-on le fidéliser, lui vendre quelque chose ou simplement qu’il sache qu’on existe? À l’auteur de choisir!

Quoi dire?

Pour que ça réussisse, il faut par contre impérativement avoir quelque chose de pertinent à dire et toujours se demander à qui on veut parler et pourquoi ça devrait intéresser. Cette question subsiste d’ailleurs depuis Gutenberg qui avait à l’époque choisi un écrit sacré et très populaire pour tester sa nouvelle technologie. Le message de la Bible, l’auditoire ciblé et l’intention étaient clairs, l’imprimerie a simplement fait en sorte que la bonne nouvelle se rende aux masses.

Parlant de message, je me demande bien de quoi je vais causer dans mon prochain billet. Il serait grand temps que je retourne à mes légumes, ils sauront certainement m’aider à y réfléchir. Dans l’intervalle, je recommande chaleureusement le site et l’ouvrage de Mme Vandermeulen et les rencontres Yulbiz bien entendu.

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1 comment

  1. Réunir communication, histoire et légumes.. Une pensée globale qui nous fait comprendre la spécialité.