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Légumes urbains
June 10, 2014
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Trêve passagère de la campagne, de ces coups de pelle qui vous arrachent le dos et vous exposent sans défense aux virulentes attaques de ces moustiques affamés, des fabuleuses salades de ma douce, de ces impressionnantes sorties de mon ami l’urubu qui se pavane de temps à autre devant nous avec tant de grâce et des verts chatoyants qui donnent aux prés avoisinants cet air si enjoué et si vibrant.

La ville offre aussi son lot de petites merveilles et de satisfactions à condition, bien entendu, de savoir où regarder. À l’intersection de deux rues achalandées, derrière des portes qui se ressemblent toutes et à travers lesquelles on entend trop clairement le tintamarre incessant du bruit de la rue et des klaxons frénétiques, se cache un endroit bien particulier, un casse-croûte original où l’on sert aussi des légumes.

Pommes frites, oignons, poivrons, champignons baignés d’une onctueuse sauce dans laquelle flottent de petits grains de fromage fondant le tout coiffé d’une olive et accompagné d’une petite bière bien fraîche. Ce petit plat qu’on nomme ici patatine, a de quoi faire oublier la campagne, les maux de dos, les moustiques et, momentanément, ses salades.

Que les légumes restent aux champs, ce soir, je mange en ville.

Conversations de table

Situées en plein coeur du Plateau, la friterie de luxe autoproclamée à laquelle je réfère, fait le bonheur des habitués depuis quelques décennies déjà. Elle a de quoi satisfaire les épicuriens les plus invétérés qui se méfient comme de la peste, de la rectitude politique des tenants de la bouffe bio et des plats de légumes tous azimuts. Je pense même qu’elle pourrait corrompre certains de ces inconditionnels du végétarisme.

Un beau frère carnivore avéré et ex-apparatchik politique y trouverait certainement matière à satisfaire quelques-uns de ses appétits. On y mange des hamburgers sur lesquels trônent tomates, cornichons et piments forts, tous des légumes, accompagnés de pommes frites, encore des légumes, ou, pour ceux qui voudraient être triplement rassurés, d’une salade. On avale le tout en discutant politique, économie, réduction de la dette, gestion d’entreprises, des Canadiens et des crises syrienne et ukrainienne. Une faune enjouée, curieuse et avide d’urbanité, papote en permanence autour du petit comptoir-lunch et des quelques tables qui habillent les lieux. Les places y sont très courues et, durant les périodes fortes, il faut parfois faire la file durant de nombreuses minutes pour soir aux premières loges.

Du sourire des tenanciers

Aidés de leurs sympathiques collègues, les aimables propriétaires, un Outremontais qui vient tout juste de se découvrir une passion pour la culture des légumes et un enseignant de philosophie qui cite du Nietzsche en vous servant votre assiette, gèrent frites, hamburgers et clientèle de mains de maître avec tout le sourire et la gentillesse qui sont de mise. Il leur arrive même, quand le temps le permet, d’agrémenter les conversations d’une petite pointe d’humour.

Il y a de l’ambiance, on s’amuse bien et on discute bouffe et actualité, tantôt en compagnie d’un conseiller en démarrage de PME, tantôt avec un éditeur de magasine sociopolitique, ou encore avec de jeunes canadiens qui fréquentent l’université McGill, des habitués de tous horizons et des touristes provenant de tous les coins de la planète. La vie urbaine, la vraie avec en prime, les meilleures frites en ville! Que demander de plus?

Oups, j’allais oublier les petits gâteaux. Pour finir, un reine Élizabeth camouflé sous un onctueux glaçage qu’un bon café permet d’avaler avec beaucoup moins de remords.

Retour à la case départ

Tous ces aliments et ces conversations finissent par fatiguer. Une pause bien méritée aidera certainement la digestion. Je me surprends soudainement à penser au potager et à la campagne. Pour oublier tout cela, je cours m’enfermer dans mon 12e étage et faire chanter ma Stratocaster en attendant de retrouver demain, les copains du rock band. Il sera par ailleurs bientôt temps de retourner au champ pour voir comment se portent mes nouveaux petits amis végétaux.

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2 comments

  1. Bien d’accord. Alors, on lunch bientôt à cet endroit de rêve ? Je ferais bien une entourse à mon ordinaire de salade cultivée sur mon balcon ! En ville….


  2. Génial!